Association JAMAIS conférences

Conférence

L'organisation des différents débats de M.Sirlet

Programme du déroulement des débats. Accueil des participants : nous vous remercions de nous accueillir ainsi que le Chef de votre établissement, vos professeurs et votre documentaliste avec lesquels, nous avons noué, au fil du temps, de solides liens d’amitié. Notre intervention n’est ni une causerie ou une allocution, voire une conférence, mais bien un débat au cours duquel vous prendrez la parole afin de poser les questions qui vous préoccupent et auxquelles nous répondrons avec la plus grande franchise, pour deux raisons : Au cours de nos très nombreuses interventions, le seul langage que les jeunes acceptent d’écouter est celui de la sincérité, de la vérité. Ensuite la certitude que les faits réellement vécus sont ceux que l’on relate avec le plus de conviction et de réalité, bien que ce rappel du passé soit épuisant, nous en reparlerons. Certes, notre témoignage n’est pas facile à écouter et les images irréfutables que nous vous montrerons sont très dures, parfois insoutenables, mais c’est le prix à payer pour apprendre la vérité sur ces années de terreur nazies. Afin de provoquer une saine réflexion sur le passé, pour lutter en toute connaissance de cause contre leur résurgence, un peu partout dans le monde, car le nazisme n’est pas resté l’apanage, ( ce qui appartient en propre à quelqu’un qui n’appartient qu’à lui ), la spécificité du peuple allemand. Le nazisme est devenu universel et sa condamnation doit être exemplaire et mondiale. Voir à ce sujet : pour une Universalité de la Mémoire. Je vais vous présenter les intervenants : Madame Elisabeth SENTUC, une des rares rescapée d’Auschwitz, qui a perdu toute sa famille et dont le témoignage est exceptionnel. Marcellin MONTAGUT, déporté au Camp de Flossenburg qui était peut-être le seul survivant des Sonderkommandos ( Commandos spéciaux ), affectés aux fours crématoires, nous a quitté. Son témoignage était unique, mais Raymonde, sa veuve, a voulu rester à nos côtés pour vous expliquer le calvaire, mais aussi le courage de son mari. Enfin, moi-même François Spirlet, déporté de la Résistance belge, qui ai passé 27 mois dans les Camps de concentration, principalement au commando des Usines HEINKEL, à ZIEGENHAIN actuellement SCHWALMSTADT, près de Kassel. Nos épouses nous ont accompagnés, car très souvent, des questions les concernant nous sont posées par les élèves. Voici comment se déroulera le débat : 1. Projection du message de Lucie AUBRAC expliquant de façon simple mais authentique ce que fut LA RESISTANCE suivi des questions des élèves sur ce sujet. 2. Projection d’un extrait du film, pris par les armées alliées lors de la libération des Camps. 3. Questions des élèves sur la DEPORTATION. 4. Audition du Chant des Partisans ( Résistance )et Nuit et Brouillard ( Déportation ). Nous considérons qu’il est inadmissible de quitter les élèves dans un état qui les inciterait au repli sur soi, voire au dégoût de l’humanité . N’ayant jamais désespéré, nous devons être des porteurs d’espoir. L’espoir pour les déportés de l ’ Association du Devoir de Mémoires, c’est l’Europe, voilà la raison pour laquelle c ‘est sous son drapeau que nous témoignons. Non seulement l ‘Europe des règlements, des banques, de la finance ou du commerce, dont nul pays ne pourrait se passer, mais une Europe fraternelle, plus solidaire, plus unie et plus respectueuse des différences, une Europe où il ferait bon vivre. Nous vous proposons de construire l ‘EUROPE du CŒUR ! Depuis plusieurs semaines les questions posées à nos débats concernent l‘actualité et plus particulièrement le comportement abject de Papon vis à vis de la justice de son pays, Haider et l’Autriche voire la montée des extrémismes, des nouveaux totalitarismes et du racisme. La raison en est simple, il suffit d ‘ ouvrir un journal ou de suivre les nouvelles télévisées, pour se rendre compte que nos récits sont, malheureusement dans de fortes proportions, quasi identiques à ceux que nous relate l’actualité. En Milosevitch, n’en déplaise à certains, nous retrouvons Hitler, les diverses conférences proposées par les alliés font penser à Munich, la propagande des services serbes n’a rien à envier à celle de Goebbels, et Haider a beau multiplier les excuses et les démentis il n’en reste pas moins fidèle à l’idéologie de son père officier S.S et sa mère, monitrice des jeunesses hitlériennes. Notre jeunesse se doit d’être très vigilante à leur égard. Ainsi, après le Ruanda, le Cambodge, l’Ouganda, la Bosnie, le Kosovo, le Timor oriental, l’Afghanistan, et j’en passe, l‘ Histoire se répète pour une simple raison : les bourreaux demeurent impunis et meurent, pour la plupart dans leurs lits ! Alors, qu’ont-ils à craindre, sauf une exécution sommaire (Bousquet et Arkan) ? Certainement pas les timides condamnations du Tribunal de La Haye, qui, une fois de plus, ne juge souvent que des comparses, comme c ‘est le cas pour le Ruanda, la Bosnie, le Kosovo. On pourrait citer les dénis de justice à foison. Je le répète, sans en diminuer l’horreur, ni le caractère effroyable, le nazisme n ‘est pas resté l ‘apanage du peuple allemand, qui a accompli un travail de mémoire remarquable, principalement grâce à sa jeunesse et ses chefs d ‘Etat successifs, dans le cadre d ‘ une démocratie digne de tous les espoirs et qui mérite notre respect. Malheureusement, le nazisme a essaimé partout dans le monde, il peut apparaître n‘importe où, et sa condamnation doit être universelle. C ‘est le message que nous vous confions, en sachant qu ‘il tomberait en de bonnes mains : celle de la jeunesse, notre meilleur espoir. Au cours du débat qui va suivre, dont le sujet principal est l’accomplissement, ensemble, du Travail de Mémoires, à l’occasion de votre cours d’histoire, nous voudrions évoquer et débattre avec vous de quatre sujets qui nous paraissent importants et très actuels, dont nous avons malheureusement une expérience irremplaçable, bien que tragique, celle des Camps : Le Civisme et l’éducation à la Citoyenneté : nous sommes entrés en Résistance, grâce à l’éducation reçue de nos parents, nos professeurs et un mouvement de jeunesse, le scoutisme. ( Voir document disponible à votre CCI : L’Ecole forme-t-elle des Citoyens ? ) La Violence : nous avons connu la violence nazie, nous vous expliquerons qu’elle a commencé par une violence verbale (comme en classe ou à la récré, toutes proportions gardées), ensuite physique, lors de la Nuit de Cristal, pour finir par les Camps, les chambres à gaz et les crématoires. ( voir Sur la Violence ). Le Suicide des Jeunes une question cruciale à laquelle nous pensons avoir donné une réponse positive ( voir Sur le Suicide et les lettres d’élèves ) Le tabagisme, que nous illustrerons par des faits vécus, qui vous montreront jusqu’ où peut mener la passion d’un fumeur, privé de sa drogue, dans les Camps.

Sur la VIOLENCE.

Une nouvelle orientation de nos débats par le vécu des Camps. Nous avons connu, entre les mains de la gestapo, ensuite dans les Camps, la violence dans son expression la plus élaborée, la plus exécrable qui soit. D’abord mise en œuvre par des militaires fanatisés, les Waffen S.S, sélectionnés pour leur cruauté et leur sadisme, éduqués en conséquence, elle a gagné progressivement la Wehrmacht (armée régulière allemande) comme l’a montré une exposition récente, organisée par la République Fédérale Allemande, à Paris, dans le cadre de l’accomplissement du Devoir de Mémoire allemand. La violence en temps de guerre est souvent suivie par la contre-violence de l’adversaire appelée, dans les temps anciens, la loi du Talion. Le résultat de ces violences, sur le plan militaire, s’appelle le crime de Guerre, à ne pas confondre avec les Crimes contre l’Humanité. Au cours de la campagne de Russie, à ces crimes de guerre (dont celle de 14-18 a été également le théâtre), les nazis ont ajouté les Crimes contre l’Humanité accomplis par les Einsatzgruppen ( Commandos spéciaux ) plus particulièrement contre les juifs, les communistes mais aussi la population civile. La violence nazie ne s’est pas développée brutalement, mais bien de façon insidieuse, parfaitement contrôlée par une propagande omniprésente, afin de la rendre graduellement supportable, sinon irréversible. Dirigée dans un premier temps contre tous les opposants, elle s’est concentrée ensuite contre les juifs, dont l’extermination s’appelle génocide juif ou Shoah La violence nazie fut d’abord verbale, comme cela se passe notamment, toutes proportions gardées en classe ou à la récré, voire, dans un bar ou aux stades. Les crimes contre l’Humanité commis par les nazis n’ ont pas commencés par l’ envoi des juifs vers les chambres à gaz et les fours crématoires mais bien par une violence verbale afin de préparer les allemands à la haine des opposants, des étrangers et des juifs en particuliers. Cette violence verbale, amplifiée par la propagande nazie, savamment orchestrée par Goebbels (Propaganda Abteilung) est devenue physique comme cela se passe parfois en classe, à la récré, dans un bar, n’importe où. En Allemagne cette évolution s’est traduite par la Nuit de Cristal, les nazis se sont attaqués aux synagogues, aux biens et personnes juives. Sans réaction significative de la population allemande, conditionnée, bien que sans excuse, par cette propagande, dont l’efficacité a été redoutable. Si nous avons voulu faire un parallèle entre la violence nazie et celle de tous les jours, c’est que nous en craignons, sa banalisation. La cruauté de la violence nazie a été perfectionnée, au fil du temps, par les criminels nazis qui ont essaimé un peu partout dans le monde et plus particulièrement en Amérique latine avec les résultats que l’on sait, et une impunité intolérable dont bénéficient, encore aujourd’hui, leurs auteurs. La violence scolaire procède d’un même parcours, même si, fort heureusement, elle est maîtrisée beaucoup plus souvent qu’on ne le pense, par les enseignants, au détriment d’ailleurs de leur fonction principale, qui est avant tout l’éducation et la réalisation d’ un programme de formation préparant à la vie active. Et certainement pas à les transformer en agent de l’ordre par l’absence, trop souvent, d’une éducation familiale suffisante, voire inexistante ou même contre éducation où la respectabilité de la fonction d’enseignant est dévaluée voire contestée par des parents incapables d’assumer l’éducation de leurs enfants. ( Voir à ce sujet ‘ l’Ecole forme-t-elle des Citoyens ? ‘ . Une fois de plus, le bouc émissaire idéal, c’est l’Education Nationale, considérée comme la panacée à toutes les insuffisances de notre Société. Les médias, en mettant l’accent, avec juste raison sur les violences à l’Ecole, devrait évoquer plus souvent ces Ecoles, qui, malgré un environnement souvent déplorable, parviennent à créer cet havre de paix, ce sanctuaire de tolérance, de solidarité et de compréhension, d’une école digne de ce nom. Un exemple de réussite, parmi tant d’autres : Le lycée Elie FAURE de Lormont,situé en ZEP. Grâce à une écoute des élèves de tous les instants, mais aussi : • Un solide esprit d’équipe entre direction et enseignants. • La responsabilisation des élèves à des niveaux variés. • Des projets pédagogiques cohérents, intéressants, voire d’actualité tels que le jumelage avec un Lycée allemand et où se retrouvent, côte à côte, professeurs et élèves. • Des parents d’élèves responsables et coopératifs. les très bons résultats scolaires sont en relation directe avec l’ambiance générale du lycée. Si la réponse à la lutte contre la violence à l’Ecole est une concertation, elle doit venir avant tout d’une prise de conscience des élèves par la compréhension et l’acceptation du principe essentiel de toute démocratie digne de ce nom : si la jeunesse de nos écoles à des droits, elle se doit respecter des devoirs. Le premier de ces devoirs concerne la discipline, de préférence librement consentie, ensuite l’implication de la classe tout entière, afin de décharger l’enseignant, en partie, de la discipline en classe. Bien que notre temps d’intervention, lors des débats soit limité et le sujet historique très vaste, nous pensons qu’il est devenu urgent de dépasser le cadre de la mémoire, sans la négliger pour autant, afin d’aborder, par le vécu, les sujets suivants : L’Education à la Citoyenneté et la notion de civisme. La Violence en général et scolaire en particulier ( Ecole et Démocratie) Le Suicide des jeunes (témoignage des élèves A.DUNEAU et W.CALVO) Le Tabagisme : je vais vous raconter une histoire qui vous montrera que les fumeurs ne sont pas tous égoïstes et que certains sont même capables de courtoisie et de bonne éducation. Je revenais de Paris par le train de nuit plus tôt que prévu, et ma place n’était donc pas réservée, le train était bondé, j’avisai le chef de train afin de monter en première, en payant le supplément. Il m’a répondu qu’il ne restait plus qu’une place en compartiment fumeurs. J’acquiesçai, car il n’y avait pas d’autres solutions, et je me suis assis dans le compartiment où je remarquai que personne ne fumait. A peine installé, mon vis à vis se pencha vers moi et me demanda si la fumée me gênait ! Je lui ai répondu qu’il était dans un compartiment fumeur et qu’il avait parfaitement le droit de fumer, mais qu’effectivement, j’étais asthmatique. Alors il s’est levé et est allé fumer dans le couloir ! Vous devez prendre conscience également de la souffrance des déportés fumeurs, dont certains ont perdu la vie pour avoir échangé leur maigre ration de pain pour un mégot ! Réfléchissez bien avant de prendre ce qui vous paraîtra, au début, une simple habitude, pour faire ‘comme tout le monde’ mais qui, plus tard, sera fort difficile à abandonner et détruira votre santé.