Commémorations

Commémorations

70 ème anniversaire du défilé d’Oyonnax du 11 Novembre 1943 (Compte rendu de Mylène Babolat)

Après une année intense de préparation, la Ville d’Oyonnax et le Vox International Théâtre, aidés d’un grand réseau d’associations, dont l’association J.A.M.A.I.S, nous ont offert une commémoration à la hauteur de l’événement mémorable du 11 novembre 1943.

Replaçons le contexte : Oyonnax est une ville industrielle qui a vu sa population augmenter et se diversifier depuis des années. Située dans la Plastic Vallée, sa préoccupation majeure reste son développement économique mais le devoir de mémoire n’a jamais été laissé de côté, surtout lorsque l’on est la ville du défilé historique des maquisards de l’Ain, relayé en 1943 par les médias d’outre-Manche et d’outre-Atlantique et qui permit une reconnaissance officielle des forces intérieures par les alliés.

Cette commémoration du 70ème anniversaire du défilé du 11 novembre 1943 devait donc être un moment d’hommage mais également une opportunité pour que jeunes et moins jeunes, oyonnaxiens de souche ou non, puissent se remémorer ou découvrir ce qui s’était passé et pourquoi, à cette époque, cet évènement fut aussi audacieux. Une fresque de la Résistance a d’ailleurs été érigée non loin de la place René Nicod et inaugurée le 9 novembre 2013 afin que les passants n’oublient pas.

La reconstitution du défilé a donc pu se faire grâce au bénévolat des membres des associations locales qui ont participé à la confection de tenues, d’armes factices, de la gerbe en forme de croix de Lorraine et de son inscription légendaire « Les Vainqueurs de demain à ceux de 14-18 ». L’Association J.A.M.A.I.S. a participé à la recherche de véhicules (tractions et camionnettes type U23) et à la recherche de tenues pour les défilants. Un réel engouement a été lancé et la population y a adhéré dès le départ.

Le 11 novembre 2013, en présence de Marcel LUGAND, dernier des maquisards ayant défilé, le Président de la République François HOLLANDE a rendu hommage en personne à ces hommes, combattants de l’ombre, témoignant ainsi de l’importance de l’évènement pour l’Histoire de France.

La reconstitution du défilé, au plus près de la réalité de l’époque, fut un évènement poignant pour les oyonnaxiens qui, enfants, y avaient assisté ainsi que pour les familles, qui voyaient revivre pour un instant un père, un frère, un grand-père,… Jean-François ROMANS-PETIT, fils de Henry ROMANS-PETIT, chef des Maquis de l’Ain à l’origine du défilé, était présent parmi eux.

Une heure avant, le public avait pu se mettre dans la peau d’un oyonnaxien de 1943 grâce à un subtil reportage dans la foule, avec l’équipe du Vox International Théâtre aux manœuvres. Les faits de l’année 1943 étaient relatés par une population aux avis divers.

Les écrans géants nous renvoyaient l’image d’une veuve de la grande guerre qui ne comprenait pas pourquoi le gouvernement de Vichy refusait qu’en ce jour symbolique un hommage soit rendu à son mari mort pour la France. Nous pouvions découvrir un homme d’âge mûr qui ne souhaitait pas s’exprimer au sujet de ces jeunes qui désertaient le STO mais ne revenaient pourtant pas au village, deux femmes l’interrompaient alors pour expliquer qu’ils étaient devenus des terroristes comme l’avait expliqué le Maréchal Pétain. Puis, des jeunes filles arrivaient du collège avec des tracts qui annonçaient un grand évènement et un homme ajoutait qu’il était impossible d’en savoir plus à ce sujet puisque la communication était coupée depuis quelques heures à Oyonnax…

Après s’être imprégnés de ces témoignages, entrecoupés d’images d’archives et d’actualités d’époque, nous revivions une période d’occupation. Période où la désinformation dominait, où les mouvements se formaient face à la montée des fascismes mais pendant laquelle beaucoup de français pensaient que leur pays n’était plus qu’une nation oubliée par ses propres citoyens…

C’est alors que les véhicules font leur entrée avec ces hommes armés, certains aux visages dissimulés, qui se regroupent et se mettent en rang sur la place de la Poste. Une traction arrive, Henry ROMANS-PETIT en sort vêtu de son uniforme militaire, se place devant les maquisards et prononce ces mots qui déclenchent la liesse de la foule « Maquis de l’Ain. A mon commandement ».

Le défilé s’engouffre alors dans la rue Anatole France puis remonte la rue Brunet. La foule n’en croit pas ses yeux et les suit jusqu’au monument où, après le dépôt de la gerbe, le chant de la Marseillaise retentit en cœur. Malgré les embrassades de la foule, les maquisards ne s’attardent pas et repartent, entonnant « Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine », laissant la population joyeuse et rassurée : les combattants pour une France libre ne sont pas des terroristes, ils sont organisés, ils sont l’armée de l’ombre et ils se battront pour l’honneur de leur Patrie et la liberté de son peuple.

Pari réussi pour les organisateurs : nous étions, le temps de quelques minutes, replongés en 1943…

Le discours du Président de la République nous rappelle alors que la Résistance, même si elle a changé de forme, est toujours présente, sous divers visages et qu’elle permet, encore et toujours, la construction et la préservation d’une démocratie pour l’honneur de laquelle il est important de « ne pas céder face aux haines et aux intolérances ».

Ce discours a été suivi d’une « ode à la Résistance » dans le parc René Nicod, retraçant la vie des maquisards au travers de plusieurs tableaux courts, de leur engagement à la libération.

Au final, cette journée du 11 novembre 2013 a tenu ses promesses de commémorer ce haut fait et d’en imprégner la population locale. Marcel LUGAND est le dernier représentant de cet évènement et nous comptons bien lui rendre hommage, ainsi qu’à ses camarades, pendant encore des décennies.

Accès Galerie photos